FRONT NATIONAL : DÉCRYPTAGE
Un argumentaire en 8 points

vendredi 13 janvier 2012
par  PCF Drôme

L’opération est menée depuis plusieurs années, sortir le FN de son isolement en lui donnant un visage plus acceptable pour un maximum d’électeurs.

Si du point de vue de l’image le passage du père à la fille favorise totalement cette évolution, sur le plan des idées l’enrobage de circonstance ne modifie pas le fond. Pourtant, Marine Le Pen ne ménage pas ses efforts, avec la multiplication des références à la liberté (80 fois dans le discours du 1er mai), au peuple (50 fois dans celui du 19 novembre), la tournure sociale de ses discours, sans parler de la crise. Une reprise pure et simple d’analyse et de constats que nous pouvons faire !

Mais cette tentation de coller sur des thématiques sociales ne doit pas faire illusion, le fond de commerce et les motivations profondes du FN restent les mêmes, ce sont celles de l’extrême droite.


1- une histoire en mouvement

L’émergence d’une droite conservatrice dure, violente et antisémite connaît ses premières manifestations dans la France de la IIIe République. Après la défaite de 1871, un courant revanchard apparaît qui se nourrit d’antiparlementarisme et d’antisémitisme. Il se manifestera fortement lors de l’affaire Dreyfus, avec l’Action française. Toutefois, aucun grand mouvement n’émerge, on a plutôt une multitude de groupuscules nationalistes, antisémites et antibolchéviques. Le 6 février 1934, ces mouvements manifestent place de la Concorde, menaçant pour un soir la République.

Cependant, l’extrême droite est unie pour apporter son soutien à Petain, qui met en oeuvre la Révolution nationale, un régime corporatiste, ultra-conservateur qui collabore avec les nazis avant de s’écrouler en 1944.

La découverte de l’horreur des camps de concentration jette durablement l’opprobre sur l’extrême droite. La Guerre d’Algérie est l’occasion de sa résurgence avec l’OAS, organisation terroriste qui agit en Algérie et en France. Dans les années 60, si l’activisme violent se poursuit (Occident, Ordre nouveau, GUD…), on a la première tentative de légitimation par les urnes avec la candidature à la présidentielle de 1965 de Tixier-Vignancour, dont le bras droit est Le Pen.

En 1972, des mouvements s’unissent pour fonder le Front national dont la présidence est confiée à Le Pen. En 1983, son bras droit est élu aux municipales de Dreux grâce au soutien de la droite. En 1986, le FN obtient une trentaine de députés. Le FN s’enracine dans le paysage politique. En 1995, Le Pen obtient près de 15 % à la présidentielle, 4 villes tombent aux mains du FN, dont Toulon.

Le Pen parvient à fédérer durablement autour de lui toutes les traditions de l’extrême droite française (intégristes catholiques, identitaires…). Il alterne dérapages verbaux et victimisation. Il théorise le concept de préférence nationale dans lequel il va justifier toute l’idéologie lepéniste.

Mobilisés par les discours de la droite sur l’insécurité, perplexes quant à l’avenir, 16 % des électeurs ont porté Le Pen en deuxième position lors de l’élection présidentielle le 21 avril 2002.

La frontière entre le FN et l’UMP devient de plus en plus poreuse. Nicolas Sarkozy voulait nettoyer les banlieues au kärcher et n’hésite pas à faire le lien entre immigration et délinquance.

Désormais, la perspective d’une alliance à droite entre un FN « relooké » par Marine Le Pen et une UMP de plus en plus guidée par les thèses populistes est en chantier.

2-immigration et priorité nationale

La priorité nationale est le principe que le FN souhaite mettre en oeuvre pour résoudre (presque) tous les problèmes. Toute cette théorie tient presque entièrement dans l’équation : immigration = chômage + insécurité et maintenant déficits. En cessant de donner du travail aux immigrés, il y en aurait davantage pour les Français auxquels devraient être réservés prioritairement la plupart des programmes sociaux (allocations, couverture santé, logement...).

En raison de la courbe des âges et du taux de natalité, la population décroîtrait sans l’immigration. Il y a une entrée par an pour 650 habitants… Nous sommes très loin de « l’invasion massive » que Le Pen agite dans chaque discours. L’immigration zéro est donc un objectif stupide. La suppression du regroupement familial, c’est empêcher des enfants de retrouver leurs parents. On notera à ce propos que 61 % des entrées au titre du regroupement familial concernent en réalité des familles de Français.

De plus, l’immigration n’est pas un coût pour la France. Si, en 2009, les immigrés ont reçu 48 milliards de l’État, ils lui en ont rapporté 60 en impôts et cotisations sociales, soit un solde positif de 12 milliards.
Le FN dit en permanence que les immigrés seraient difficiles à intégrer. Or, toutes les études sociologiques montrent le contraire. Ainsi, les immigrés d’origine sub-saharienne s’intègrent aussi bien que les Italiens dans les années 1930.

Autre idée reçue : les immigrés créeraient du chômage. C’est ignorer qu’ils sont aussi des consommateurs et qu’ils contribuent ainsi à créer des emplois. On observe également que le taux de chômage est inférieur dans les pays à forte proportion d’étrangers (USA, Suisse) que dans ceux où l’immigration est faible (Italie).

La politique du FN n’est pas que discriminatoire, mais aussi dangereuse, lorsqu’elle attise des peurs infondées. Le FN souhaite même supprimer l’aide médicale d’État. Les sans-papiers ne pourraient plus se soigner. C’est humainement inacceptable, mais aussi redoutable en matière de santé publique. En plus de discriminer, le FN n’hésite pas à propager des idées fausses comme, par exemple, affirmer que les immigrés seraient à l’origine de l’épidémie de sida en France…

Marine Le Pen se pose en chantre de la laïcité, mais cache mal son anti-islamisme viscéral, qu’elle exprime à tout propos. Elle demeure, en revanche, bien silencieuse en ce qui concerne les coups de force des militants catholiques intégristes perturbation de pièces de théâtre, rassemblements anti-avortement…).

Retrouvez l’intégralité de l’argumentaire sur
http://www.pcf.fr/16238