« Germaine Chesneau Une grande dame – Des enfants juifs sauvés pendant la guerre »

mercredi 28 septembre 2016
par  PCF Drôme

C’est en présence des trois rédacteurs du livre, Danielle Bertrand, Jean Sauvageon et Jacki Vinay, ainsi que deux des filles de Mme Chesneau, Andrée Vignard et Marianne Ferrero, qu’une conférence de presse a été organisée le 22 septembre, en avant-première de la présentation officielle.

Le comité de Romans-Bourg-de-Péage de l’Association Nationale des Anciens Combattants et Ami(e)s de la Résistance, à l’initiative de cette parution, est déjà éditeur de plusieurs ouvrages liés au travail de mémoire relatif à la période de 1939-1945 dans la région. Ici, c’est la résistance civile qui est mise à l’honneur, pour faire valoir l’engagement de Germaine Chesneau, jusqu’ici peu connue du grand public.

Nous étions donc réunis dans le château de Sallmard, à Peyrins, près de Romans, là même où plus de 120 enfants juifs ont été soustraits aux poursuites des polices allemande et de la France de Vichy. Les auteurs du livre, qui ont compulsé de nombreux témoignages, ainsi que des documents d’archives, ont travaillé avec Andrée Vignard et Marianne Ferrero, servies par leur exceptionnelle mémoire. Les photographies, les témoignages d’enfants ayant séjourné à Peyrins permettent de restituer toute l’animation qui régnait dans ce bâtiment, si paisible aujourd’hui.

Issue d’un milieu bourgeois, sensible aux idées maçonniques et de la libre pensée, Germaine Chesneau fit partie de la première promotion féminine de l’école supérieure agricole de Grignon (Ile-de-France).
Infirmière en hôpital militaire pendant « la grande guerre », elle a été décorée deux fois à ce titre, en 1919 et en 1920.
En 1935, elle loue une partie du château de Sallmard pour y créer, avec son époux, un home d’enfants, à l’origine à caractère sanitaire. L’époque était alors aux séjours à la campagne pour les enfants, afin de les faire profiter du bon air, et le Front Populaire, en reconnaissant le droit aux vacances pour tous, a favorisé la mixité sociale dans les séjours.
La perte de son époux en 1939, juste après la naissance de leur troisième fille, n’a pas mis un terme à son engagement en faveur de l’enfance. En lien avec différents réseaux, Mme Chesneau a accueilli des enfants juifs dès la fin de 1942, parfois sous un pseudonyme, voire même sans les faire figurer sur le registre d’inscription, les persécutions et les rafles s’intensifiant.

Andrée Vignard, alors adolescente, a participé à l’activité de sa mère. Germaine Chesneau, qui devait déjà assurer l’ordinaire dans cette période de disette, apportait un soin tout particulier à ce que les enfants soient conscients de la chance qu’ils avaient de pouvoir poursuivre des études. Des professeurs de collège venaient, en dehors de leurs propres heures d’enseignement, donner, suivant les périodes, des leçons de latin, de grec, d’italien, d’anglais, de mathématiques, de français et d’histoire-géographie.
Bien entendu, le soutien actif de la population proche a été déterminant, que ce soit pour fournir de la nourriture, du charbon, ou pour fabriquer des lits et des matelas…

Les Allemands, qui avaient dans un premier temps réquisitionné une partie du château, sont revenus en 1944 alors qu’ils venaient de reprendre la ville de Romans. Fort heureusement, une personne du commissariat de police de Romans avait prévenu… C’est ainsi que 64 personnes (les enfants, et quelques parents qui étaient venus leur rendre visite) se sont réfugiés dans les bois pendant plusieurs jours, tout en étant accueillis pour la nuit dans une ferme des environs. Les plus jeunes ont gardé le souvenir des nuits passées couchés dans les grains du blé qui venaient d’être rentrés. Andrée Vignard, quant à elle évoquant la peur ressentie quand il fallait traverser les champs de luzerne alors que l’avion mouchard patrouillait.

Après la guerre, l’établissement a évolué vers une structure annonçant les futurs Instituts Médicaux Educatifs.
Germaine Chesneau a été une des premières à être reconnue « Juste parmi les nations » en France, en 1969. Elle a pourtant toujours considéré qu’elle n’avait rien fait d’extraordinaire…

Au vu des risques pris à l’époque, sachant que les miliciens étaient très actifs à Peyrins, il est permis d’en juger autrement et de dire, avec le comité de l’ANACR, que Germaine Chesneau était « une grande dame ». Son engagement est à méditer, en particulier aujourd’hui face aux obstacles mis à l’accueil de réfugiés dans notre pays.
Dominique LORMIER