Les méfaits du capitalisme forcené vus par un technicien chauffagiste

lundi 20 janvier 2020
par  PCF Drôme

Les méfaits du capitalisme forcené vus par un technicien chauffagiste

Dalkia (mon employeur, 15 000 personnes en France) vient de m’infliger une sanction disciplinaire de 5 jours de mise à pied (il a été question d’un licenciement pendant un moment).
Pourquoi ?
Le 7 novembre 2019, il m’a été demandé de couper le chauffage dans une barre d’immeuble, le bâtiment A au Descartes à Portes-lès-Valence, promis à une prochaine démolition. Sur place, je me rends compte que cet immeuble était encore occupé par plusieurs familles. Même si je pense que le droit au chauffage est le même pour tous les humains, je précise que les habitants que j’ai rencontrés étaient à jour de leurs quittances de loyer. J’ai rencontré une mère de famille avec 4 enfants dont le plus jeune est un bébé de 6 mois.
Je vis dans notre monde de brutes mené par le capitalisme financier depuis plus de 50 ans mais je ne peux me résoudre à commettre de tels actes. Abandonner tout sens moral pour mieux les servir, non mais quoi encore !
Pourtant les chefs mettaient la pression « c’est un ordre, exécute ou tu es viré ! ». Alors, j’ai appelé Pierre Trapier (communiste que beaucoup d’entre nous connaissent) « Au secours Pierre, en résumé on me demande de couper le chauffage dans un immeuble habité ou bien je suis viré »

Un quart d’heure plus tard, il était là et nous avons trouvé une solution humaine à la question. Après avoir alerté la CNL, Pierre est allé voir le propriétaire de l’immeuble (Je vous en parlerai plus tard) qui a accepté de fournir des radiateurs électriques et de payer la facture d’électricité afférente. Sans doute par crainte de voir divulguer dans la presse les horreurs dont il est capable, plus que par humanité... Pour cette fois l’histoire s’est bien finie et j’ai pu couper le chauffage central devenu inutile.
Mais c’est toujours tendu avec mon employeur qui menaçait de me virer et d’envoyer des collègues « avec moins d’état d’âme que moi ».
Je dois aussi préciser que le propriétaire d’immeuble n’est autre que DAH (Drôme Aménagement Habitat) LE bailleur social de la Drôme, financé par nos impôts et dont l’objet est d’offrir aux démunis le confort d’un logement.
Quant à mon employeur Dalkia, une filiale à 100 % d’EDF, il se targue sur son site internet de promouvoir des valeurs sociales … on peut se questionner sur le mot social.
Que penser de tout cela ? Sinon que la pression de la finance capitaliste a fait perdre tout sens d’humanité à de nombreuses personnes qui derrière leurs écrans de chiffres ne voient plus la souffrance humaine que génèrent leurs décisions et leurs ordres.
Je suis engagé à la CGT et plus que jamais fier de l’être. Je savais qu’en cas de coup dur, je serai soutenu dans mes décisions par mes camarades. Si je m’étais trouvé seul devant la colère des chefs, aujourd’hui je serais sans doute chômeur.
Alors merci Pierre, merci Patrick de la CGT Dalkia, parce que nos luttes sont là pour que nous puissions rester humains dans un monde où le capitalisme et la finance nous poussent à devenir des êtres mauvais, individualistes et barbares.
Ne lâchons rien ! Ne nous laissons pas faire par les nuisibles ! Continuons nos luttes !

Louis LE SAUX