Le point de vue de Philippe Leeuwenberg

lundi 22 septembre 2008
par  PCF Drôme, Philippe LEEUWENBERG

Deux jours intenses, de travail, de rencontres autour de différentes thématiques et dans un cadre sublime. Je ferais part dans ce compte rendu des ateliers et séances plénières auxquels j’ai participé.

« La grande bourgeoisie : une classe mobilisée » avec les sociologues Pinson-Charlot, Pinson, auteurs de plusieurs recherches et ouvrages sur ce sujet. Selon nos intervenants, la bourgeoisie se défini par sa richesse. La richesse économique est la plus connue et la plus arrogante (patrimoine immobilier, fortune colossale dépassant l’entendement), mais il y a aussi la richesse culturelle, la bourgeoisie bénéficie des meilleures écoles et aiment avoir l’art « a la maison » (un Picasso dans le salon par exemple). Richesse sociale a travers ses relations dans le cercle familiale très grand, le cercle des clubs en tout genre, des conseils d’administration d’entreprises. Richesse symbolique, a travers les grands noms de famille qui donnent lieu a des expositions, des noms de rues, etc. la richesse symbolique cristallise toutes les autres richesses.
La bourgeoisie se caractérise par une forte existence collective. Elle est organisée sur tous les fronts et pratique le « collectivisme familiale » pour préserver ses intérêts économiques ou son cadre de vie (Neuilly), elle n’aime que ses semblables, on se marie avec ceux de la même classe et le divorce n’existe pas (ou peu). La solidarité très forte de cette classe se construit dans les cercles qui rassemblent des tas de gens bien placés dans les banques, la politique de la ville, la politique, les arts et lettres, etc.

Les questions qui sont ressorties de cet atelier : comment lutter contre cette classe ?
L’école ne participe-t-elle pas a reproduire cette classe par son mode de fonctionnement sélectif ? Certains ont évoqués l’appropriation des modes bourgeois, cela fonctionnerait avec la solidarité mais peut-on décemment s’approprier les mœurs bourgeois d’un autre temps et souvent inhumains ?

« Le capitalisme est-il sexy ? » avec Christian Salmon, auteur de « Storytelling ».
Le storytelling est une méthode de communication, de formatage et de pouvoir. Cette méthode venue des Etats-Unis et du management dans les années 90 consiste à utiliser le récit mais à en proscrire l’expérience au lieu de la raconter. Elle serait apparue pour remplacer la disparition des grands récits issus du marxisme, du fordisme, etc.
Les petites anecdotes remplacent les grandes histoires. Employée notamment par Sarko et Ségolène lors de la campagne présidentielle, la méthode a été définie par Gordon Brown comme « l’art de faire la météo en politique ». Il s’agit de raconter chaque jour une histoire pour prendre la place dans l’écran et l’actualité.
Quel type de contre narration développée ? La discussion collective, le dialogue et la fermeture de la télévision sont les réponses esquissées lors de cet atelier.

Séance pléniere avec Stéphane Rozes, directeur général du CSA et enseignant il science politiques. L’intervention a été rapide mais riche. Constat de l’intervenant : la France est à gauche pour le « souhaitable » (idéologique) mais elle est à droite pour le « faire ici et maintenant » (politique).
Analyse de l’élection de Sarko : les français ont remis à l’Élysée une image, une Icone politique (là où on va c’est ce que j’incarnerai a l’Elysée, repris par les deux candidats du second tour). Le président de la République est un symbole de la dialectique « entre communion et dispute sociale ». Le premier tour s’est joué sur le possible, le contenu ; le second tour a élu celui qui a raconté le meilleur « récit national » en l’occurrence le travail, le mérite et le pouvoir d’achat, qui fait contrat social entre le président et le Peuple.

Pourquoi il ne se passe rien ? Parce que les Français ont peur de la dispute sociale ; Sarko n’étant pas rassurant et la gauche inexistante. La gauche existe-t-elle ? Aujourd’hui non, selon S. Rozès, car elle n’a pas travaillé les outils qui permettrait de croire a ses idées (politique étatique par exemple). La gauche antilibérale ne se transforme pas politiquement car elle ne protège pas le peuple. Entre le PS en guerre interne pris dans une confusion entre le souhaitable et le faire et tendant a copier la droite, et l’extrême gauche cantonnée au souhaitable, le PCF a un espace possible d’existence.

Comment faire ?Partir des questions concrètes pour dessiner un projet de société.Si les communistes gagnent plus souvent aux municipales qu’aux autres élections c’est qu’ils arrivent a associer du souhaitable, du possible et du faire (des outils de travail économique et social). Au-delà il faudra faire la démonstration que le souhaitable est possible.

Des questions en suspens pour la gauche : quelle dialectique entre pouvoir et mouvement social ? Quelle frontière entre capital et travail ? Quelles convergences et quels rassemblements travailler pour promouvoir des services publics de qualité ? Avec Bernard Defaix (arrivé 5 mn avant la fin) et André Chasseigne.

André a introduit sur ce qui se voit : la saignée dans les zones rurales, et sur ce qui se voit moins : la RGPP, la révision de l’aménagement du territoire, la régionalisation qui met fin a de nombreuses antennes de services publics dans les zones rurales mais aussi dans les départements. Les réformes en cours sont un véritable remodelage de la société française.
Le PCF demande l’égalité d’accès conditionné par la péréquation et la maitrise citoyenne des services publics, affirme l’exigence de service public comme choix de société.
Une suggestion du public pour ne pas rester dans la défense : développer les aspects positifs des services publics partout ou ils existent avant qu’ils ne ferment. La régionalisation est une idéologie, celle de la rentabilité chère a l’Europe. La réforme « patient, santé, territoire » qui propose la fermeture de nombreux hôpitaux de proximité et le démantèlement de la sécurité sociale a alimenté le débat avec le public et promet de futures et nombreuses luttes, du peuple aux députés.

Les arts et la création, avec Claude Bernard (syndicat du spectacle vivant) et Francis Parny.
Avec la RGPP, le ministère de la culture est en train de disparaitre. Son budget diminue de 15% par an. On passe de dix directions à trois : gestion du patrimoine (vente des musée), direction des grands moyens de communication et du soutien aux industries culturelles, création et diffusion.
Il n’y a plus de direction pour l’éducation populaire, la médiation culturelle qui représentait une part importante du travail culturel. Le capitalisme a volé tous les modes de représentations de la société.
Seul espace de résistance que celui-ci n’arrive pas à prendre et à rentabiliser : le spectacle vivant. Mais, les intermittents sont passés de 100 000 en 2003 à 70 000 en 2008. La stratégie du ministère lors des entretiens de Levallois (avec « tous » les acteurs du spectacle vivant) a été celle de la division, entre petits et grands (opéra nationaux) et entre les différentes disciplines.
La démocratisation culturelle de Malraux à Lang avait eu le mérite de remettre en cause les vieux schémas, de diversifier les acteurs culturels et d’élargir le public de l’art et de la culture.

Aujourd’hui, les questions qui se posent face aux choix ministériels : quelle place de la culturedans un projet de société ? Quelle place des citoyens, des différents acteurs et de l’éducation populaire ?
Le PCF défend les axes suivants : garantir la création, toutes les créations. Elargir la diffusion pour partager avec le plus de monde. Placer le citoyen au cœur des processus culturels et de création. Le débat commencé a Avignon sur la diversité culturel, des cultures, une culture commune, le vivre ensemble n’a pus se poursuivre faute de temps. « Rendre la culture au Peuple et le Peuple à la culture ».

Séance plénière avec Edouard Glissant, poète, philosophe, écrivain. Edouard Glissant est un intervenant brillant, un poète et écrivain incontestable qui manie la langue Française avec talent. Il est intervenu sur la question qui le préoccupe : l’identité.
J’ai du mal àvoir quel débouché politique a son discours, j’ai même quelques craintes quant aux différentes récupérations et dérapages possibles, à une question du public sur la Géorgie, Glissant a répondu « état nation et nation ». Peut être que la question du lien entre les hommes serait plus urgente à traiter aujourd’hui que celle de l’identité qui renvoie a des concepts à mon avis dangereux.

Quelles alternatives à gauche ? Table ronde débat avec Pierre Laurent(PCF), jean Pierre Dufau (PS), Jérome Gleize (les verts), JM Bellabone (LCR).
Cette table ronde n’a fait que mettre en évidence la fracture et les divergences au sein de la gauche sans donner le moindre espoir de rassemblement. Seule une remarque presque surprenante du Vert a montré une convergence avec le PCF sur la prise en compte des questions écologiques et économiques (convergence apparemment due à la personnalité même de l’intervenant).

Campagne de rentrée du PCF
La campagne de rentrée sur le pouvoir d’achat n’a pas soulevé l’enthousiasme du public, peut être fatigué, ou déçu des premiers retours (quasiment nuls en zone rurale) ou du manque de cohérence avec les autres campagnes : réformes des institutions, vers une nouvelle république.

Pour finir Les motifs de campagne ne manquent pas. Le PCF doit agir dans l’immédiat pour défendre les acquis sociaux menacés par la droite au pouvoir, « protéger le peuple » et dans un même temps mettre à plat ce qu’il veut présenter comme « souhaitable » dans le monde d’aujourd’hui afin de trouver les moyens et les outils de le rendre possible et audible pour regagner la confiance des Français.
Dans tous les ateliers et débats, j’ai entendu une large volonté, des militants de bases comme des intervenants, d’aller de l’avant, de moderniser, de laisser le passé derrière nous.


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